Sympathy For Lady Vengeance (2005)

   Sympathy for Lady Vengeance est un film coréen réalisé par Park Chan-Wook sorti sur nos écrans en 2005. Il est le dernier opus de la trilogie de la vengeance, composée précédemment de Sympathy for Mr Vengeance (2002) et du fameux Old Boy (2003) qui s'est vu offrir un remake américain des plus catastrophiques. Il est vrai que depuis la création de la nouvelle vague coréenne, ses piliers nous ont donné à voir de nombreux thrillers dramatiques, sanglants et dont la vengeance reste le thème principal. Tous aussi bons et uniques les uns que les autres, trois noms restent tout de même prédominants au sein de ce cinéma de genre : Na Hong-Jin, Kim Jee Woon et enfin Park Chan-Wook. Ce dernier n'est plus a présenter, d'autant plus que son dernier Mademoiselle, sorti il y a deux ans à peine, a fait couler beaucoup d'encre. Mais contrairement à ce que l'on peut penser, c'est un cinéma à l'esthétique vraiment particulière et très poétique que celui du réalisateur coréen. Primé à de nombreuses reprises, adulé par de nombreuses personnes et surtout fidèle à lui même, Park Chan-Wook crée alors le plus doux et le plus beau des films composant sa trilogie, sûrement le moins violent également. Très métaphorique, le film traite autant de la vengeance que de la rédemption, thème quasi absent de ses deux prédécesseurs et c'est ce qui le rend si unique, car le doute plane constamment au dessus des différents personnages. Sans parler de dualité, c'est plus une interrogation logique qui remet alors en question le thème de la trilogie. Rassurez-vous, il ne vous est nullement nécessaire (bien que fortement conseillé) d'avoir vu les deux premiers opus pour comprendre ce dernier, car ils ne se suivent en rien. 

   Lee Geum-Ja est une jeune femme anciennement emprisonnée pour un crime qu'elle n'a pas commis. N'étant âgée que de dix-neuf ans, notre jeune héroïne est accusée d'avoir kidnappé et assassiné le jeune Won-Mo, un petit garçon de cinq ans. Après être restée enfermée pendant treize années, elle décide de mener à bien la vengeance qu'elle a mûrement réfléchie et travaillée pendant son incarcération. Mais Lee Geum-Ja n'est pas seule dans sa quête. En effet, plusieurs de ses codétenues vont lui prêter main forte, l'une d'entre elles ira même jusqu'à devenir la compagne du véritable meurtrier. On apprend également les motivations de Lee à se dénoncer en tant que la meurtrière du jeune écolier. Après être tombée enceinte, Lee Geum-Ja e peut retourner chez ses parents, elle se tourne alors vers son professeur, Mr Baek, qui en échange de services sexuels et d'assistance pendant ses enlèvements lui procure l'aide dont elle a besoin. Mais après le meurtre du petit Won-Mo, la police est sur le point d'attraper Mr Baek et ce dernier menace de tuer la fille de Lee si cette dernière ne se dénonce pas à sa place.

 

 

   Comme le titre du film et de la trilogie dont il fait partie l'indiquent, la vengeance est l'élément principal du film. Mais alors que dans les deux premiers opus qui la composent, le personnage central de l'intrigue n'agissait que de manière personnelle et mécanique comme un animal, Lee Geum-Ja est une personne calme, réfléchie et qui n'opère pas seulement dans son propre intérêt. Bien que la finalité soit la mort de Mr Baek, ça n'est pas la figure centrale du film car dès le début nous sommes conscients que ce personnage va mourir. Ici, c'est plutôt la relation de la mère qui retrouve sa fille à plusieurs milliers de kilomètres en Australie et qui ne peut communiquer avec elle que par le biais d'un dictionnaire Anglais-Coréen qui rend le film si fort. Car la vengeance n'est pas meurtrière pour le personnage principal, mais familiale : Mr Baek lui a empêché de voir sa fille pendant treize ans. Il n'a pas tué son enfant, mais la relation qu'elle aurait pu avoir avec ce dernier. Et cela, Park Chan-Wook le représente à la perfection dans une scène des plus grandioses où c'est le meurtrier, alors attaché à une chaise, qui sert d'interprète entre la mère et la fille. Il traduit alors pour l'un et pour l'autre ce que lui même à crée.

Contrairement aux deux premiers films de la trilogie, la figure du méchant n'est pas ici mise en avant, on ne connait pas ses motivations, on ne sait rien de lui mis à part le fait qu'il est professeur et qu'il a kidnappé et tué des enfants. Cette mise à distance nous permet de pleinement nous tourner vers Lee Geum-Ja qui pourtant nous paraît impénétrable. Mais plus la vengeance arrive à son terme, plus l'on comprend que Lee Geum-Ja cherche avant tout la rédemption. Cela passe dans un premier temps par une courte (bien qu'importante) conversion religieuse, puis par la demande incessante de pardon au près de tout le monde, et c'est ce qui différencie réellement ce volet des précédents.

D'un point de vue esthétique également, on comprend le questionnement constant du personnage avec une forte opposition entre le noir et le blanc, le péché et le pardon. La bande sonore, cette fois composée de musiques plus classiques telles que Vivaldi ou la baroque Mareta embellissent et amplifient l'absolution, et c'est là que la « sympathy » prend toute sa forme.