Blow Up (1966)

   Film mythique devenu culte auprès des cinéphiles et même de ceux qui le sont moins grâce à sa fameuse affiche, c'est à Blow Up de Michelangelo Antonioni sorti en 1966 que nous nous attaquons cette semaine. Scandaleux à sa sortie, vainqueur de nombreux prix, le film a également donné son nom à la fameuse série consacrée au cinéma de la chaîne Arte. Seul réalisateur ayant remporté les trois prix des plus grands festivals de cinéma européens que sont Venise, Berlin et Cannes, Antonioni est connu pour avoir crée un style personnel à travers un cinéma qui ne se ressemble jamais : prenons pour exemple les fameux Blow Up, Zabriskie Point et Profession : reporter. Ses œuvres sont pour la plupart marquantes d'un point de vue esthétique mais également d'un point de vue idéologique et c'est le cas de notre sélection de la semaine. Inspiré par le photographe de mode anglais David Bailey, le cinéaste italien nous immerge dans les années soixante londoniennes. Industrie, maisons ouvrières transformées en atelier et artiste endiablé forment la toile de fond de cette œuvre qui se distingue de ses contemporaines. A sa sortie, le film fait bien entendu scandale pour la nudité de certains personnages (dont la jeune Jane Birkin) et sera censuré. En opposition à cette réception controversée, il se voit remettre la Palme d'Or lors de l'édition de 1967 du festival de Cannes. Catégorisé comme Thriller, Blow Up c'est avant tout une narration innovante au service d'une intrigue simple mais efficace.

   Thomas est un jeune photographe de mode anglais. Très pointilleux et méthodique, il est beaucoup demandé et nombreuses sont les filles qui aimeraient poser pour ce dernier. Mais loin des robes et des couvertures de Vogue, l'artiste prépare un album consacré à la population londonienne et à ses habitants les plus démunis. Toujours équipé d'un appareil, Thomas se promène dans un parc et tombe sur un couple étrange qui semble fuir les regards indiscrets. Il les suit, les voit s'enlacer, s’embrasser et commence à prendre plusieurs clichés. Au bout d'un certain temps la jeune femme le repère et fonce alors vers lui en le suppliant de supprimer ces derniers. Très content de pouvoir finir son album sur une teinte plus douce et poétique, Thomas refuse et s'en va. Plus tard dans la journée, Jane, la jeune fille du parc, viendra sonner à la porte de son atelier pour lui demander ces fameux clichés qui s'avéreront beaucoup plus intéressants qu'ils n'y paraissaient.

 

   Blow Up est, pour le monde du cinéma, l'affirmation du septième art comme l'art mimétique par excellence. Mais loin de ces idéologies brutes, Antonioni nous livre un film simple et palpitant. En tant qu'amateur de photographie on ne peut que se laisser porter par Thomas et son Nikon F, que ce soit dans son studio regorgeant d’œuvres et de tirages en tout genre ou dans un parc plus vert que la normale (la pelouse avait été peinte pour faire ressortir les couleurs). La nonchalance du jeune photographe et son hypersensibilité face à son métier en font un personnage très attachant et le cinéaste arrive à faire l'apologie de l'image à travers l'image. Car c'est ce que ce film est avant tout : un puzzle de photographies, une intrigue qui naît à travers une série de clichés. À aucun moment on ne voit une action figée dans le temps car chaque tirage accroché à l'aide de punaises nous raconte une histoire. C'est cette histoire photographique qui amène l'intrigue et ce schéma de narration rend le film plus intéressant qu'un simple débat sur le cinéma comme reflet de la réalité. Thomas rêve, ou plutôt le monde le fait passer pour un rêveur et c'est l'acceptation (ou non) de cet état qui rend l’œuvre pertinente. La construction de l'intrigue repose simplement sur son acharnement et son souhait de voir plus loin que les autres. Photographe ou non, on ne peut que vouloir le devenir après le visionnage de ce film.