Akira (1988)

   Akira (アキラ) est un film d'animation japonais réalisé par Katsuhiro Otomo en 1988. Il est tiré du manga éponyme crée également par le mangaka Otomo. Comme ce dernier était encore en cours d'écriture, le film diverge beaucoup de l'histoire finale du manga mais nous en parlerons en tant qu'oeuvre unique, sans énumérer les nombreuses différences (même si certaines d'entre elles sont assez décevantes). Akira est une révolution dans le monde de la bande dessinée japonaise et de l'animation. Violent, dynamique et surtout très critique, l'oeuvre est une véritable source d'inspiration et de mystères tant les interprétations la concernant sont présentes. D'un point de vue purement commercial, elle permettra d'intégrer pleinement le manga dans la culture de plusieurs pays occidentaux (la France notamment). Sortie la même année que de très gros noms du cinéma d'animation japonais tels que Mon Voison Tororo ou encore Le Tombeau des Lucioles, il remportera tout de même le prix de l'Anime Grand Prix. L'oeuvre deviendra plus tard cultissime et elle est récemment revenue à l'avant de la scène « hype », avec la parution d'une collection Supreme x Akira. Néanmoins, en dehors de cette vague classe et chique sur laquelle surf actuellement notre sujet d'étude, c'est un véritable monde qu'à crée Otomo, à l'image d'un 1984, le futur fait peur et l'on se questionne. 

   L'histoire prend place à Neo Tokyo en 2019, ville construite sur les fondations d'un Tokyo détruit en 1982 par une gigantesque explosion qui causera le début d'une troisième guerre mondiale. Le pays et surtout la ville, ont eu du mal à s'en relever. Le chômage est omniprésent et le gouvernement (constitué de gens riches et puissants) fait pression sur les nombreux manifestants s'opposant au pouvoir. Ces derniers souhaitent le retour d'un mystérieux Akira, une entité qui aurait causé l'explosion trente années auparavant, un secret que le gouvernement tente de garder caché. En parallèle à cette situation, évolue une bande de jeunes garçons dont le chef est Kaneda. Encore lycéens, ils sèchent la plupart de leurs cours pour aller affronter des gangs rivaux à l'aide de leurs motos. Mais un soir, alors que la bande est poursuivie par la police, Tetsuo chute à cause d'un enfant se trouvant au milieu de la route. Ce dernier, qui n'a rien d'ordinaire, est immédiatement retrouvé et emmené par d'étranges soldats. Tetsuo, blessé, est lui aussi emmené par les forces armées. Kaneda fera alors tout pour tenter de retrouver son ami. L'armée, elle, fera plusieurs tests sur le jeune garçon et elle découvrira alors qu'il est doté d'un pouvoir quasiment égal à celui du fameux Akira.

 

   Il est important de préciser que l'oeuvre est le film d'animation japonais le plus cher pour son époque avec un coût total de plus de neuf millions d'euro. Cette particularité lui permet de nous proposer une animation fluide. Entièrement contrôlée par le mangaka en personne, la production se fait entièrement à la main, ce qui la rend extrêmement détaillée. Aucune séquence n'est grossière et l'on ne fera jamais face à un personnage défiguré ou pauvre d'un point de vue stylistique (ce qui est toujours le cas dans certaines séries d'animation actuelles). La bande sonore est elle aussi intéressante car elle propose un mélange de musique électronique expérimentale et de musique traditionnelle japonaise, ce qui colle parfaitement au contexte du Neo Tokyo et à son univers sombre et dérangeant.

Pour le contexte même, on retrouve la peur et le traumatisme japonais face à la bombe nucléaire, traité par de nombreux artistes nippons dont le fameux Vivre dans la peur de Kurosawa. Nous sommes ici face à une arme (Akira) ayant la puissance de feu de l'arme ultime. Tokyo semble avoir subi le même sort que celui d'Iroshima et de Nagasaki. Mais en dehors de cette toile de fond futuriste et presque post apocalyptique, c'est sur plusieurs fronts que se déroule l'action. Il nous est donc proposé de voir une jeunesse oubliée, abandonnée par sa nation (et même par ses parents dans le cas de Tetsuo), qui s'oppose à un gouvernement qui travaille en secret sur un projet vieux de trente ans. La toute puissance militaire et un peuple laissé pour compte sont ce qui fait de cette œuvre une vision critique de ce que pourrait être le futur. Le pays, au bord de la guerre civile se préoccupe plus à vouloir protéger et laisser enfoui ses secrets qu'à vouloir apporter à sa population un avenir meilleur. La jeunesse comme symbole qui se lève pour détruire et sauver ce monde est également fort et intéressant. On regrettera cependant le non développement de la plupart des personnages. Hormis Kadena et Tetsuo, le spectateur reste dans le flou quant aux rôles des différents protagonistes. La base est solide mais l'intrigue reste assez pauvre à cause d'un cadre narratif trop rapide et mal exploité. Mais Akira reste tout de même le film d'animation par excellence et si l'univers vous intéresse foncez sur les six tomes qui composent ce dernier.